Se rendre au contenu

La Prajñāpāramitā en trois cents lignes, nommée Vajracchedikā

21 juin 2026 par
QUANG DANG TRAN

Vajracchedikā nāma Triśatikā Prajñāpāramitā

La Prajñāpāramitā en trois cents lignes, nommée Vajracchedikā

Traduit du Sanskrit par Quang Dang Tran

Download here

Hommage à Bhagavatī Āryaprajñāpāramitā.

1

Ainsi ai-je entendu.

En un temps, le Bhagavān demeurait à Śrāvastī, dans Jetavana, le parc d’Anāthapiṇḍada, avec une grande bhikṣu-saṃgha de mille deux cent cinquante bhikṣus, et avec de nombreux Bodhisattva Mahāsattvas.

Alors, au matin, le Bhagavān revêtit son vêtement inférieur, prit son bol et son vêtement extérieur, et entra dans la grande cité de Śrāvastī pour l’aumône. Après avoir parcouru la grande cité de Śrāvastī pour l’aumône, après avoir achevé son repas et être revenu de la tournée d’aumône, le Bhagavān rangea son bol et son vêtement, lava ses pieds, puis s’assit sur le siège préparé pour lui. Ayant croisé les jambes dans la posture paryaṅka, il tint son corps droit et établit l’attention devant lui.

Alors de nombreux bhikṣus s’approchèrent du Bhagavān. S’étant approchés, ils inclinèrent la tête aux pieds du Bhagavān, tournèrent trois fois autour de lui par la droite, puis s’assirent à l’écart.

2

À ce moment, le vénérable Subhūti était aussi présent dans cette assemblée et y était assis. Alors le vénérable Subhūti se leva de son siège, arrangea son vêtement supérieur sur une épaule, posa son genou droit à terre, joignit les paumes en direction du Bhagavān et dit au Bhagavān :

« Merveilleux, Bhagavān ; très merveilleux, Sugata, est le degré auquel les Bodhisattva Mahāsattvas ont été pris en bienveillance par le Tathāgata, l’Arhat, le Samyaksaṃbuddha, avec la faveur suprême. Merveilleux, Bhagavān, est le degré auquel les Bodhisattva Mahāsattvas ont été confiés par le Tathāgata, l’Arhat, le Samyaksaṃbuddha, avec la transmission suprême.

« Bhagavān, comment un fils ou une fille de bonne famille qui s’est engagé dans le Bodhisattvayāna doit-il se tenir ? Comment doit-il pratiquer ? Comment doit-il maîtriser l’esprit ? »

Lorsque cela eut été dit, le Bhagavān dit au vénérable Subhūti : « Bien, bien, Subhūti. Il en est ainsi, Subhūti ; il en est exactement comme tu le dis. Les Bodhisattva Mahāsattvas ont été pris en bienveillance par le Tathāgata avec la faveur suprême ; ils ont été confiés par le Tathāgata avec la transmission suprême.

« C’est pourquoi, Subhūti, écoute bien et sois parfaitement attentif. Je t’expliquerai comment celui qui s’est engagé dans le Bodhisattvayāna doit se tenir, comment il doit pratiquer, et comment il doit maîtriser l’esprit. »

« Qu’il en soit ainsi, Bhagavān », répondit le vénérable Subhūti, et il écouta le Bhagavān.

3

Le Bhagavān dit :

« Ici, Subhūti, celui qui s’est engagé dans le Bodhisattvayāna doit engendrer l’esprit ainsi : ‘Tous les êtres qui existent dans le domaine des êtres, inclus sous la désignation d’êtres — qu’ils soient nés d’un œuf, nés d’un sein, nés de l’humidité, ou nés spontanément ; qu’ils soient dotés de forme ou sans forme ; qu’ils aient perception, qu’ils soient sans perception, ou qu’ils ne soient ni avec perception ni sans perception ; quelque domaine d’êtres que l’on désigne comme domaine d’êtres — tous doivent être amenés par moi au parinirvāṇa complet dans le nirvāṇadhātu sans reste.’

« Et pourtant, bien que des êtres incommensurables aient ainsi été amenés au parinirvāṇa, aucun être, en vérité, n’a été amené au parinirvāṇa.

« Pourquoi cela ? Si, Subhūti, une perception d’un être se produisait chez un Bodhisattva, celui-ci ne devrait pas être appelé Bodhisattva. Pourquoi cela ? Subhūti, celui en qui se produit une perception d’un être, ou une perception de jīva, ou une perception de pudgala, ne devrait pas être appelé Bodhisattva. »

4

« De plus, Subhūti, un Bodhisattva ne doit pas faire un don en étant établi dans une chose. Un don ne doit pas être fait en étant établi où que ce soit. Un don ne doit pas être fait en étant établi dans la forme ; un don ne doit pas non plus être fait en étant établi dans le son, l’odeur, le goût, le toucher ou les dharmas.

« Ainsi, Subhūti, un Bodhisattva Mahāsattva doit faire un don de telle manière que, même dans la perception d’un signe, il ne demeure pas.

« Pourquoi cela ? Subhūti, le puṇyaskandha d’un Bodhisattva qui donne sans être établi n’est pas facile à mesurer.

« Que penses-tu, Subhūti ? Est-il facile de mesurer l’espace dans la direction de l’est ? »

Subhūti dit : « Non, Bhagavān. »

Le Bhagavān dit : « De même, dans les directions du sud, de l’ouest, du nord, du bas et du haut, dans les directions intermédiaires, et dans les dix directions tout autour, est-il facile de mesurer l’espace ? »

Subhūti dit : « Non, Bhagavān. »

Le Bhagavān dit : « De même, Subhūti, le puṇyaskandha d’un Bodhisattva qui donne sans être établi n’est pas facile à mesurer. Ainsi, Subhūti, celui qui s’est engagé dans le Bodhisattvayāna doit faire un don de telle manière que, même dans la perception d’un signe, il ne demeure pas. »

5

« Que penses-tu, Subhūti ? Le Tathāgata doit-il être vu par la perfection des marques ? »

Subhūti dit : « Non, Bhagavān. Le Tathāgata ne doit pas être vu par la perfection des marques. Pourquoi cela ? Bhagavān, ce qui a été enseigné par le Tathāgata comme perfection des marques est précisément la non-perfection des marques. »

Lorsque cela eut été dit, le Bhagavān dit au vénérable Subhūti : « Subhūti, autant il y a perfection des marques, autant il y a fausseté ; autant il y a non-perfection des marques, autant il n’y a pas fausseté. C’est pourquoi le Tathāgata doit être vu à partir des marques et des non-marques. »

6

Lorsque cela eut été dit, le vénérable Subhūti dit au Bhagavān :

« Bhagavān, y aura-t-il des êtres dans le futur, au dernier temps, à la dernière période, dans les cinq cents dernières années, lorsque le vrai Dharma disparaîtra, qui, lorsque de telles paroles de sūtrānta seront enseignées, feront naître une perception de vérité ? »

Le Bhagavān dit : « Subhūti, dans le futur, au dernier temps, à la dernière période, dans les cinq cents dernières années, lorsque le vrai Dharma disparaîtra, il y aura des Bodhisattva Mahāsattvas pourvus de qualités, pourvus de śīla et pourvus de prajñā, qui, lorsque de telles paroles de sūtrānta seront enseignées, feront naître une perception de vérité.

« Subhūti, ces Bodhisattva Mahāsattvas n’auront pas servi seulement un seul Buddha, ni planté des racines de mérite auprès d’un seul Buddha. Bien plutôt, Subhūti, ces Bodhisattva Mahāsattvas auront servi de nombreux centaines de milliers de Buddhas et planté des racines de mérite auprès de nombreux centaines de milliers de Buddhas. Lorsque de telles paroles de sūtrānta seront enseignées, ils obtiendront ne serait-ce qu’un seul instant de foi sereine.

« Ils sont connus, Subhūti, par le Tathāgata au moyen de buddhajñāna. Ils sont vus, Subhūti, par le Tathāgata avec buddhacakṣus. Ils sont éveillés par le Tathāgata. Tous ceux-là, Subhūti, produiront et recevront un puṇyaskandha incommensurable et incalculable.

« Pourquoi cela ? Subhūti, chez ces Bodhisattva Mahāsattvas ne se produit aucune perception d’ātman, aucune perception de sattva, aucune perception de jīva, et aucune perception de pudgala. De plus, Subhūti, aucune perception de dharma ne se produit chez ces Bodhisattva Mahāsattvas ; ni aucune perception d’adharma. Ni perception ni non-perception ne se produit chez eux.

« Pourquoi cela ? Si, Subhūti, une perception de dharma se produisait chez ces Bodhisattva Mahāsattvas, cela même serait leur saisie d’ātman, leur saisie de sattva, leur saisie de jīva, et leur saisie de pudgala. Si une perception d’adharma se produisait, cela aussi serait leur saisie d’ātman, leur saisie de sattva, leur saisie de jīva, et leur saisie de pudgala.

« Pourquoi cela ? Subhūti, un Bodhisattva Mahāsattva ne doit pas saisir un dharma, ni saisir un adharma. C’est pourquoi ceci a été dit par le Tathāgata avec une intention profonde : ceux qui comprennent le dharmaparyāya comme semblable à un radeau doivent abandonner même les dharmas, combien plus encore les adharmas. »

7

De nouveau, le Bhagavān dit au vénérable Subhūti :

« Que penses-tu, Subhūti ? Existe-t-il un dharma auquel le Tathāgata se soit éveillé comme Anuttarā Samyaksaṃbodhi ? Ou bien un dharma a-t-il été enseigné par le Tathāgata ? »

Le vénérable Subhūti dit : « Bhagavān, selon la manière dont je comprends le sens de l’enseignement du Bhagavān, il n’existe aucun dharma auquel le Tathāgata se soit éveillé comme Anuttarā Samyaksaṃbodhi, et il n’existe aucun dharma que le Tathāgata ait enseigné. Pourquoi cela ? Le dharma auquel le Tathāgata s’est éveillé ou qu’il a enseigné est insaisissable et inexprimable. Il n’est ni dharma ni adharma. Pourquoi cela ? Les āryapudgalas sont révélés par l’asaṃskṛta. »

8

Le Bhagavān dit :

« Que penses-tu, Subhūti ? Si un fils ou une fille de bonne famille remplissait ce trisāhasramahāsāhasra-lokadhātu des sept joyaux et l’offrait en don aux Tathāgatas, Arhats, Samyaksaṃbuddhas, ce fils ou cette fille de bonne famille produirait-il ou produirait-elle, par cette cause, un grand puṇyaskandha ? »

Subhūti dit : « Grand, Bhagavān ; grand, Sugata. Ce fils ou cette fille de bonne famille produirait, par cette cause, un grand puṇyaskandha. Pourquoi cela ? Bhagavān, le puṇyaskandha enseigné par le Tathāgata a été enseigné par le Tathāgata comme non-skandha. C’est pourquoi le Tathāgata dit : ‘puṇyaskandha, puṇyaskandha.’ »

Le Bhagavān dit : « Et pourtant, Subhūti, si un fils ou une fille de bonne famille remplissait ce trisāhasramahāsāhasra-lokadhātu des sept joyaux et l’offrait en don aux Tathāgatas, Arhats, Samyaksaṃbuddhas, et si un autre, prenant de ce dharmaparyāya ne serait-ce qu’une gāthā de quatre vers, l’enseignait et l’éclairait pleinement aux autres, celui-ci produirait un puṇyaskandha beaucoup plus grand, incommensurable et incalculable.

« Pourquoi cela ? De ceci, Subhūti, naît l’Anuttarā Samyaksaṃbodhi des Tathāgatas, Arhats, Samyaksaṃbuddhas ; de ceci naissent les Buddha Bhagavāns. Pourquoi cela ? Subhūti, les buddhadharmas appelés buddhadharmas ont été enseignés par le Tathāgata comme abuddhadharmas. C’est pourquoi ils sont appelés buddhadharmas. »

9

« Que penses-tu, Subhūti ? Un srotaāpanna pense-t-il : ‘J’ai atteint le fruit de srotaāpatti’ ? »

Subhūti dit : « Non, Bhagavān. Un srotaāpanna ne pense pas : ‘J’ai atteint le fruit de srotaāpatti.’ Pourquoi cela ? Bhagavān, il n’est entré dans aucun dharma ; c’est pourquoi il est appelé srotaāpanna. Il n’est entré ni dans la forme, ni dans les sons, ni dans les odeurs, ni dans les goûts, ni dans les tangibles, ni dans les dharmas. C’est pourquoi il est appelé srotaāpanna. Bhagavān, si un srotaāpanna pensait : ‘J’ai atteint le fruit de srotaāpatti’, cela même serait saisie d’ātman, saisie de sattva, saisie de jīva, et saisie de pudgala. »

Le Bhagavān dit : « Que penses-tu, Subhūti ? Un sakṛdāgāmin pense-t-il : ‘J’ai atteint le fruit de sakṛdāgāmin’ ? »

Subhūti dit : « Non, Bhagavān. Un sakṛdāgāmin ne pense pas : ‘J’ai atteint le fruit de sakṛdāgāmin.’ Pourquoi cela ? Il n’existe aucun dharma qui soit entré dans sakṛdāgāmitva. C’est pourquoi il est appelé sakṛdāgāmin. »

Le Bhagavān dit : « Que penses-tu, Subhūti ? Un anāgāmin pense-t-il : ‘J’ai atteint le fruit d’anāgāmin’ ? »

Subhūti dit : « Non, Bhagavān. Un anāgāmin ne pense pas : ‘J’ai atteint le fruit d’anāgāmin.’ Pourquoi cela ? Bhagavān, il n’existe aucun dharma qui soit entré dans anāgāmitva. C’est pourquoi il est appelé anāgāmin. »

Le Bhagavān dit : « Que penses-tu, Subhūti ? Un arhat pense-t-il : ‘J’ai atteint arhattva’ ? »

Subhūti dit : « Non, Bhagavān. Un arhat ne pense pas : ‘J’ai atteint arhattva.’ Pourquoi cela ? Bhagavān, il n’existe aucun dharma appelé arhat. C’est pourquoi il est appelé arhat. Bhagavān, si un arhat pensait : ‘J’ai atteint arhattva’, cela même serait saisie d’ātman, saisie de sattva, saisie de jīva, et saisie de pudgala.

« Pourquoi cela ? Bhagavān, j’ai été déclaré par le Tathāgata, l’Arhat, le Samyaksaṃbuddha, comme le premier parmi ceux qui demeurent dans araṇāvihāra. Bhagavān, je suis un arhat libre de passion ; pourtant, Bhagavān, je ne pense pas : ‘Je suis un arhat libre de passion.’ Si, Bhagavān, je pensais : ‘J’ai atteint arhattva’, le Tathāgata n’aurait pas déclaré à mon sujet : ‘Subhūti, fils de bonne famille, est le premier parmi ceux qui demeurent dans araṇāvihāra.’ Parce que Subhūti ne demeure nulle part, il est appelé celui qui demeure dans araṇāvihāra. »

10

Le Bhagavān dit :

« Que penses-tu, Subhūti ? Y a-t-il un dharma que le Tathāgata ait reçu en présence de Dīpaṃkara Tathāgata, Arhat, Samyaksaṃbuddha ? »

Subhūti dit : « Non, Bhagavān. Il n’y a aucun dharma que le Tathāgata ait reçu en présence de Dīpaṃkara Tathāgata, Arhat, Samyaksaṃbuddha. »

Le Bhagavān dit : « Subhūti, si un Bodhisattva disait : ‘J’accomplirai les ornements d’un champ de Buddha’, il parlerait faussement. Pourquoi cela ? Subhūti, les ‘ornements d’un champ’ appelés ‘ornements d’un champ’ ont été enseignés par le Tathāgata comme non-ornements. C’est pourquoi ils sont appelés ornements d’un champ.

« C’est pourquoi, Subhūti, un Bodhisattva Mahāsattva doit engendrer un esprit ainsi non appuyé. Il doit engendrer un esprit qui n’est établi nulle part. Il ne doit pas engendrer un esprit établi dans la forme, ni dans le son, l’odeur, le goût, le toucher ou les dharmas.

« Suppose, Subhūti, qu’il y ait une personne dotée d’un corps, d’un grand corps, et que son être-propre soit comme Sumeru, roi des montagnes. Que penses-tu, Subhūti ? Cet être-propre serait-il grand ? »

Subhūti dit : « Grand, Bhagavān ; grand, Sugata, serait cet être-propre. Pourquoi cela ? Bhagavān, l’être-propre appelé être-propre a été enseigné par le Tathāgata comme non-être. C’est pourquoi il est appelé être-propre. Bhagavān, il n’est ni être ni non-être. C’est pourquoi il est appelé être-propre. »

11

Le Bhagavān dit :

« Que penses-tu, Subhūti ? S’il y avait autant de fleuves Gaṅgā qu’il y a de grains de sable dans le grand fleuve Gaṅgā, et si dans ces fleuves il y avait des grains de sable, ces grains de sable seraient-ils nombreux ? »

Subhūti dit : « Bhagavān, ces fleuves Gaṅgā eux-mêmes seraient déjà nombreux, combien plus encore les grains de sable dans ces fleuves Gaṅgā. »

Le Bhagavān dit : « Je te le déclare, Subhūti, je te le fais savoir : s’il y avait autant de systèmes de mondes qu’il y a de grains de sable dans ces fleuves Gaṅgā, et si une femme ou un homme les remplissait des sept joyaux et les offrait en don aux Tathāgatas, Arhats, Samyaksaṃbuddhas, que penses-tu, Subhūti ? Cette femme ou cet homme produirait-il, par cette cause, un grand puṇyaskandha ? »

Subhūti dit : « Grand, Bhagavān ; grand, Sugata. Cette femme ou cet homme produirait un puṇyaskandha incommensurable et incalculable. »

Le Bhagavān dit : « Pourtant, Subhūti, si une femme ou un homme remplissait autant de systèmes de mondes des sept joyaux et les offrait en don aux Tathāgatas, Arhats, Samyaksaṃbuddhas, et si un fils ou une fille de bonne famille, prenant de ce dharmaparyāya ne serait-ce qu’une gāthā de quatre vers, l’enseignait et l’éclairait aux autres, celui-ci, par cette cause, produirait un puṇyaskandha beaucoup plus grand, incommensurable et incalculable. »

12

« De plus, Subhūti, partout sur la terre où, prenant de ce dharmaparyāya ne serait-ce qu’une gāthā de quatre vers, on l’enseigne ou on l’éclaire, ce lieu de terre deviendra un caitya pour le monde avec ses devas, ses humains et ses asuras. Combien plus encore pour ceux qui garderont, réciteront, apprendront entièrement et éclaireront pleinement aux autres ce dharmaparyāya tout entier.

« Subhūti, ils seront pourvus de la plus haute merveille. En ce lieu de terre, Subhūti, demeure le Śāstā, ou quelque autre occupant la place d’un maître sage. »

13

Lorsque cela eut été dit, le vénérable Subhūti dit au Bhagavān :

« Bhagavān, quel est le nom de ce dharmaparyāya, et comment dois-je le garder ? »

Le Bhagavān dit : « Subhūti, ce dharmaparyāya est nommé Prajñāpāramitā. Garde-le ainsi. Pourquoi cela ? La Prajñāpāramitā même enseignée par le Tathāgata a été enseignée par le Tathāgata comme apāramitā. C’est pourquoi elle est appelée Prajñāpāramitā.

« Que penses-tu, Subhūti ? Existe-t-il un dharma qui ait été enseigné par le Tathāgata ? »

Subhūti dit : « Non, Bhagavān. Il n’existe aucun dharma qui ait été enseigné par le Tathāgata. »

Le Bhagavān dit : « Que penses-tu, Subhūti ? La poussière de terre dans un trisāhasramahāsāhasra-lokadhātu est-elle abondante ? »

Subhūti dit : « Abondante, Bhagavān ; abondante, Sugata, serait la poussière de terre. Pourquoi cela ? Bhagavān, ce que le Tathāgata a enseigné comme poussière de terre a été enseigné par le Tathāgata comme non-poussière. C’est pourquoi cela est appelé poussière de terre. Et ce que le Tathāgata a enseigné comme système de monde a été enseigné par le Tathāgata comme non-système. C’est pourquoi cela est appelé système de monde. »

Le Bhagavān dit : « Que penses-tu, Subhūti ? Le Tathāgata, Arhat, Samyaksaṃbuddha doit-il être vu au moyen des trente-deux marques d’un grand homme ? »

Subhūti dit : « Non, Bhagavān. Le Tathāgata, Arhat, Samyaksaṃbuddha ne doit pas être vu au moyen des trente-deux marques d’un grand homme. Pourquoi cela ? Bhagavān, les trente-deux marques d’un grand homme enseignées par le Tathāgata ont été enseignées par le Tathāgata comme non-marques. C’est pourquoi elles sont appelées les trente-deux marques d’un grand homme. »

Le Bhagavān dit : « Subhūti, si une femme ou un homme abandonnait jour après jour autant de corps qu’il y a de grains de sable dans le fleuve Gaṅgā, et s’il abandonnait ainsi des corps pendant des kalpas aussi nombreux que les grains de sable dans le fleuve Gaṅgā ; et si un autre, prenant de ce dharmaparyāya ne serait-ce qu’une gāthā de quatre vers, l’enseignait et l’éclairait aux autres, celui-ci, par cette cause, produirait un puṇyaskandha beaucoup plus grand, incommensurable et incalculable. »

14

Alors le vénérable Subhūti, ému par la force du Dharma, versa des larmes. Essuyant ses larmes, il dit au Bhagavān :

« Merveilleux, Bhagavān ; très merveilleux, Sugata, est ce dharmaparyāya enseigné par le Tathāgata pour le bien des êtres qui se sont engagés dans le yāna suprême, pour le bien des êtres qui se sont engagés dans le yāna le plus excellent. Depuis que la connaissance s’est levée en moi, Bhagavān, jamais auparavant je n’ai entendu un dharmaparyāya semblable.

« Bhagavān, les Bodhisattvas qui, lorsque ce sūtra est enseigné, l’entendront et feront naître une perception de vérité, seront pourvus de la plus haute merveille. Pourquoi cela ? Bhagavān, cette perception de vérité est elle-même une perception de non-vérité. C’est pourquoi le Tathāgata dit : ‘perception de vérité, perception de vérité.’

« Bhagavān, il n’est pas merveilleux que j’accepte et croie ce dharmaparyāya tandis qu’il est enseigné. Mais, Bhagavān, les êtres qui existeront dans le futur, au dernier temps, à la dernière période, dans les cinq cents dernières années, lorsque le vrai Dharma disparaîtra, et qui prendront, garderont, réciteront, apprendront entièrement et éclaireront pleinement ce dharmaparyāya aux autres, ceux-là seront pourvus de la plus haute merveille.

« De plus, Bhagavān, chez eux ne se produira aucune perception d’ātman, aucune perception de sattva, aucune perception de jīva, aucune perception de pudgala. Ni aucune perception ni non-perception ne se produira en eux. Pourquoi cela ? Bhagavān, la perception d’ātman est elle-même non-perception ; les perceptions de sattva, de jīva et de pudgala sont elles-mêmes non-perceptions. Pourquoi cela ? Les Buddha Bhagavāns ont dépassé toutes les perceptions. »

Lorsque cela eut été dit, le Bhagavān dit au vénérable Subhūti :

« Il en est ainsi, Subhūti ; il en est ainsi. Ces êtres seront pourvus de la plus haute merveille, ceux qui, lorsque ce sūtra sera enseigné, ne trembleront pas, ne seront pas terrifiés et ne tomberont pas dans la peur.

« Pourquoi cela ? Subhūti, ceci a été enseigné par le Tathāgata comme la pāramitā suprême, c’est-à-dire comme apāramitā. Et la pāramitā suprême que le Tathāgata enseigne est aussi enseignée par d’innombrables Buddha Bhagavāns. C’est pourquoi elle est appelée pāramitā suprême.

« De plus, Subhūti, la kṣāntipāramitā du Tathāgata est elle-même apāramitā. Pourquoi cela ? Subhūti, lorsque le roi Kali trancha mes membres, mes parties du corps et ma chair, à ce moment il n’y avait en moi aucune perception d’ātman, aucune perception de sattva, aucune perception de jīva, aucune perception de pudgala ; il n’y avait non plus en moi aucune perception ni non-perception.

« Pourquoi cela ? Si, Subhūti, à ce moment il y avait eu en moi une perception d’ātman, il y aurait aussi eu en moi une perception de malveillance. S’il y avait eu une perception de sattva, de jīva ou de pudgala, il y aurait aussi eu en moi une perception de malveillance.

« Pourquoi cela ? Je me souviens, Subhūti, que dans le passé, pendant cinq cents naissances, j’ai été le ṛṣi Kṣāntivādin. Là aussi, aucune perception d’ātman ne s’est produite en moi, aucune perception de sattva, aucune perception de jīva, et aucune perception de pudgala ne s’est produite en moi.

« C’est pourquoi, Subhūti, un Bodhisattva Mahāsattva doit abandonner toutes les perceptions et engendrer l’esprit tourné vers Anuttarā Samyaksaṃbodhi. Il ne doit pas engendrer un esprit établi dans la forme, ni un esprit établi dans le son, l’odeur, le goût, le toucher ou les dharmas. Il ne doit pas engendrer un esprit établi dans le dharma, ni un esprit établi dans l’adharma. Il doit engendrer un esprit établi nulle part.

« Pourquoi cela ? Tout ce qui est établi est précisément non établi. C’est pourquoi le Tathāgata enseigne : un Bodhisattva doit faire un don sans être établi ; un don ne doit pas être fait en étant établi dans la forme, le son, l’odeur, le goût, le toucher ou les dharmas.

« De plus, Subhūti, un Bodhisattva doit accomplir un tel don et un tel renoncement pour le bien de tous les êtres. Pourquoi cela ? Subhūti, cette perception des êtres est elle-même non-perception. Ces mêmes êtres dont le Tathāgata parle comme de tous les êtres sont eux-mêmes non-êtres. Pourquoi cela ? Subhūti, le Tathāgata dit la vérité, dit la réalité, dit ce qui est ainsi, ne dit pas autrement ; le Tathāgata ne parle pas faussement.

« De plus, Subhūti, le dharma auquel le Tathāgata s’est éveillé, qu’il a enseigné et contemplé — là il n’y a ni vérité ni fausseté.

« Il en est ainsi, Subhūti : une personne entrée dans l’obscurité ne voit rien. De même doit être vu un Bodhisattva tombé dans les choses, s’il donne en étant tombé dans les choses. Il en est ainsi, Subhūti : une personne ayant des yeux, lorsque la nuit est devenue claire et que le soleil s’est levé, voit des formes multiples. De même doit être vu un Bodhisattva non tombé dans les choses, s’il donne sans tomber dans les choses.

« De plus, Subhūti, les fils ou filles de bonne famille qui prendront, garderont, réciteront, apprendront entièrement et éclaireront pleinement ce dharmaparyāya aux autres sont connus par le Tathāgata au moyen de buddhajñāna, vus par le Tathāgata avec buddhacakṣus, et éveillés par le Tathāgata. Tous ces êtres, Subhūti, produiront et recevront un puṇyaskandha incommensurable et incalculable. »

15

« De plus, Subhūti, si une femme ou un homme, le matin, abandonnait autant de corps qu’il y a de grains de sable dans le fleuve Gaṅgā, à midi abandonnait de même autant de corps qu’il y a de grains de sable dans le fleuve Gaṅgā, et le soir abandonnait de même autant de corps qu’il y a de grains de sable dans le fleuve Gaṅgā, et si de cette manière, pendant de nombreux centaines de milliers de niyuta-koṭis de kalpas, il ou elle abandonnait des corps, cependant qu’un autre, ayant entendu ce dharmaparyāya, ne le rejetait pas, ce dernier, par cette cause, produirait un puṇyaskandha beaucoup plus grand, incommensurable et incalculable. Combien plus encore celui qui, l’ayant écrit, le prend, le garde, le récite, l’apprend entièrement et l’éclaire pleinement aux autres.

« De plus, Subhūti, ce dharmaparyāya est inconcevable et incomparable. Ce dharmaparyāya a été enseigné par le Tathāgata pour le bien des êtres engagés dans le yāna suprême, pour le bien des êtres engagés dans le yāna le plus excellent.

« Ceux qui prendront, garderont, réciteront, apprendront entièrement et éclaireront pleinement ce dharmaparyāya aux autres sont connus par le Tathāgata au moyen de buddhajñāna, vus par le Tathāgata avec buddhacakṣus, et éveillés par le Tathāgata. Tous ces êtres, Subhūti, seront pourvus d’un puṇyaskandha incommensurable ; ils seront pourvus d’un puṇyaskandha inconcevable, incomparable, incommensurable et sans limite. Tous ces êtres, Subhūti, garderont également bodhi, la réciteront et l’apprendront entièrement.

« Pourquoi cela ? Subhūti, ce dharmaparyāya ne peut être entendu par des êtres d’aspiration inférieure, ni par ceux qui ont la vue d’ātman, la vue de sattva, la vue de jīva ou la vue de pudgala. Ce dharmaparyāya ne peut être entendu, pris, gardé, récité ou appris entièrement par des êtres qui n’ont pas fait le vœu de Bodhisattva. Cela est impossible.

« De plus, Subhūti, partout où ce sūtra sera rendu manifeste, ce lieu de terre sera digne d’être honoré par le monde avec ses devas, ses humains et ses asuras. Ce lieu de terre sera digne de révérence et de circumambulation. Ce lieu de terre deviendra un caitya. »

16

« De plus, Subhūti, les fils ou filles de bonne famille qui prendront, garderont, réciteront, apprendront entièrement, considéreront avec juste attention et éclaireront pleinement aux autres des sūtrāntas tels que ceux-ci seront méprisés ; ils seront grandement méprisés.

« Pourquoi cela ? Subhūti, tous les karmas non vertueux créés par ces êtres dans des naissances antérieures, conduisant à une renaissance dans les états inférieurs, seront épuisés par le fait même d’être méprisés dans cette vie présente, et ils atteindront buddhabodhi.

« Subhūti, je me souviens que dans le passé, pendant d’innombrables kalpas, plus nombreux encore que l’innombrable, au-delà de Dīpaṃkara Tathāgata, Arhat, Samyaksaṃbuddha, il y eut quatre-vingt-quatre centaines de milliers de koṭi-niyutas de Buddhas que j’ai servis ; les ayant servis, je ne les ai pas délaissés.

« Pourtant, Subhūti, comparé au puṇyaskandha de ceux qui, au dernier temps, à la dernière période, dans les cinq cents dernières années, lorsque le vrai Dharma disparaîtra, prendront, garderont, réciteront, apprendront entièrement et éclaireront pleinement aux autres des sūtrāntas tels que ceux-ci, ce puṇyaskandha antérieur provenant de mon service aux Buddha Bhagavāns n’approche même pas la centième partie, ni la millième, ni la cent-millième, ni la koṭième, ni la cent-koṭième, ni la cent-mille-koṭième, ni la cent-mille-koṭi-niyutiième partie. Il ne supporte ni nombre, ni fraction, ni calcul, ni comparaison, ni équivalence, ni aucune analogie que ce soit.

« Si, Subhūti, je parlais du puṇyaskandha de ces fils et filles de bonne famille, autant qu’ils en produiront et en recevront à ce moment-là, les êtres deviendraient fous ou seraient mentalement troublés.

« De plus, Subhūti, ce dharmaparyāya a été enseigné par le Tathāgata comme inconcevable et incomparable. Sa maturation doit être attendue comme inconcevable. »

17

Alors le vénérable Subhūti dit au Bhagavān :

« Bhagavān, comment celui qui s’est engagé dans le Bodhisattvayāna doit-il se tenir ? Comment doit-il pratiquer ? Comment doit-il maîtriser l’esprit ? »

Le Bhagavān dit :

« Ici, Subhūti, celui qui s’est engagé dans le Bodhisattvayāna doit engendrer l’esprit ainsi : ‘Tous les êtres doivent être amenés par moi au parinirvāṇa complet dans le nirvāṇadhātu sans reste.’ Pourtant, après que les êtres ont ainsi été amenés au parinirvāṇa, aucun être n’a été amené au parinirvāṇa.

« Pourquoi cela ? Si, Subhūti, une perception d’un être se produisait chez un Bodhisattva, celui-ci ne devrait pas être appelé Bodhisattva. Si une perception de jīva, jusqu’à une perception de pudgala, se produisait, celui-ci ne devrait pas être appelé Bodhisattva. Pourquoi cela ? Subhūti, il n’existe aucun dharma appelé celui qui s’est engagé dans le Bodhisattvayāna.

« Que penses-tu, Subhūti ? Existe-t-il un dharma par lequel le Tathāgata s’est éveillé à Anuttarā Samyaksaṃbodhi en présence de Dīpaṃkara Tathāgata ? »

Le vénérable Subhūti dit : « Bhagavān, selon la manière dont je comprends le sens de l’enseignement du Bhagavān, il n’existe aucun dharma par lequel le Tathāgata s’est éveillé à Anuttarā Samyaksaṃbodhi en présence de Dīpaṃkara Tathāgata, Arhat, Samyaksaṃbuddha. »

Le Bhagavān dit : « Il en est ainsi, Subhūti ; il en est ainsi. Il n’existe aucun dharma par lequel le Tathāgata s’est éveillé à Anuttarā Samyaksaṃbodhi en présence de Dīpaṃkara Tathāgata, Arhat, Samyaksaṃbuddha. S’il y avait eu un quelconque dharma auquel le Tathāgata se soit éveillé, alors Dīpaṃkara Tathāgata n’aurait pas prédit à mon sujet : ‘Jeune brahmane, dans le futur tu deviendras un Tathāgata, Arhat, Samyaksaṃbuddha nommé Śākyamuni.’

« Parce que, Subhūti, il n’existe aucun dharma par lequel le Tathāgata, Arhat, Samyaksaṃbuddha s’est éveillé à Anuttarā Samyaksaṃbodhi, c’est pourquoi j’ai reçu de Dīpaṃkara Tathāgata cette prédiction : ‘Jeune brahmane, dans le futur tu deviendras un Tathāgata, Arhat, Samyaksaṃbuddha nommé Śākyamuni.’

« Pourquoi cela ? Subhūti, ‘Tathāgata’ est une désignation de bhūtatathatā. ‘Tathāgata’ est une désignation d’anutpādadharmatā. ‘Tathāgata’ est une désignation de la coupure des dharmas. ‘Tathāgata’ est une désignation de ce qui est absolument non né. Pourquoi cela ? Subhūti, cette non-naissance est le paramārtha.

« Subhūti, si quelqu’un disait : ‘Le Tathāgata, Arhat, Samyaksaṃbuddha s’est éveillé à Anuttarā Samyaksaṃbodhi’, cette personne parlerait faussement. Cette personne me calomnierait, Subhūti, en saisissant ce qui n’est pas réel. Pourquoi cela ? Il n’existe aucun dharma par lequel le Tathāgata s’est éveillé à Anuttarā Samyaksaṃbodhi. Et le dharma auquel le Tathāgata s’est éveillé ou qu’il a enseigné — là il n’y a ni vérité ni fausseté.

« C’est pourquoi le Tathāgata enseigne : tous les dharmas sont des buddhadharmas. Pourquoi cela ? Subhūti, ‘tous les dharmas’ ont été enseignés par le Tathāgata comme adharmas. C’est pourquoi ils sont appelés tous les dharmas, buddhadharmas.

« Il en est ainsi, Subhūti : suppose qu’il y ait une personne dotée d’un corps, d’un grand corps. »

Le vénérable Subhūti dit : « Bhagavān, cette personne enseignée par le Tathāgata comme dotée d’un corps, d’un grand corps, a été enseignée par le Tathāgata comme sans corps. C’est pourquoi on dit : dotée d’un corps, d’un grand corps. »

Le Bhagavān dit : « Il en est ainsi, Subhūti. Si un Bodhisattva disait : ‘J’amènerai les êtres au parinirvāṇa’, celui-ci ne devrait pas être appelé Bodhisattva. Pourquoi cela ? Subhūti, existe-t-il un dharma appelé Bodhisattva ? »

Subhūti dit : « Non, Bhagavān. Il n’existe aucun dharma appelé Bodhisattva. »

Le Bhagavān dit : « Subhūti, les êtres appelés êtres ont été enseignés par le Tathāgata comme non-êtres. C’est pourquoi ils sont appelés êtres. C’est pourquoi le Tathāgata enseigne : tous les dharmas sont sans ātman, sans jīva, sans poṣa et sans pudgala.

« Subhūti, si un Bodhisattva dit : ‘J’accomplirai les ornements d’un champ de Buddha’, il parle faussement. Pourquoi cela ? Subhūti, ‘ornements de champ, ornements de champ’ ont été enseignés par le Tathāgata comme non-ornements. C’est pourquoi ils sont appelés ornements de champ.

« Subhūti, un Bodhisattva qui a foi et confiance en ceci : ‘les dharmas sont sans ātman, les dharmas sont sans ātman’, a été nommé par le Tathāgata, Arhat, Samyaksaṃbuddha, Bodhisattva Mahāsattva. »

18

Le Bhagavān dit :

« Que penses-tu, Subhūti ? Le Tathāgata possède-t-il l’œil de chair ? »

Subhūti dit : « Il en est ainsi, Bhagavān. Le Tathāgata possède l’œil de chair. »

« Le Tathāgata possède-t-il l’œil divin ? » — « Il en est ainsi, Bhagavān. Le Tathāgata possède l’œil divin. »

« Le Tathāgata possède-t-il l’œil de prajñā ? » — « Il en est ainsi, Bhagavān. Le Tathāgata possède l’œil de prajñā. »

« Le Tathāgata possède-t-il l’œil du Dharma ? » — « Il en est ainsi, Bhagavān. Le Tathāgata possède l’œil du Dharma. »

« Le Tathāgata possède-t-il buddhacakṣus ? » — « Il en est ainsi, Bhagavān. Le Tathāgata possède buddhacakṣus. »

Le Bhagavān dit : « Que penses-tu, Subhūti ? Autant il y a de grains de sable dans le grand fleuve Gaṅgā — ces grains de sable ont-ils été enseignés par le Tathāgata ? »

Subhūti dit : « Il en est ainsi, Bhagavān ; il en est ainsi, Sugata. Les grains de sable ont été enseignés par le Tathāgata. »

Le Bhagavān dit : « Que penses-tu, Subhūti ? S’il y avait autant de fleuves Gaṅgā qu’il y a de grains de sable dans le grand fleuve Gaṅgā, et en eux autant de grains de sable, et autant de systèmes de mondes que ces grains, ces systèmes de mondes seraient-ils nombreux ? »

Subhūti dit : « Il en est ainsi, Bhagavān ; il en est ainsi, Sugata. Ces systèmes de mondes seraient nombreux. »

Le Bhagavān dit : « Subhūti, autant d’êtres qu’il y a dans ces systèmes de mondes, je connais leurs divers courants d’esprit. Pourquoi cela ? Subhūti, ‘courant d’esprit, courant d’esprit’ a été enseigné par le Tathāgata comme absence de courant. C’est pourquoi cela est appelé courant d’esprit. Pourquoi cela ? Subhūti, l’esprit passé n’est pas appréhendé ; l’esprit futur n’est pas appréhendé ; l’esprit présent n’est pas appréhendé. »

19

« Que penses-tu, Subhūti ? Si un fils ou une fille de bonne famille remplissait ce trisāhasramahāsāhasra-lokadhātu des sept joyaux et l’offrait en don aux Tathāgatas, Arhats, Samyaksaṃbuddhas, ce fils ou cette fille de bonne famille produirait-il ou produirait-elle, par cette cause, un grand puṇyaskandha ? »

Subhūti dit : « Grand, Bhagavān ; grand, Sugata. »

Le Bhagavān dit : « Il en est ainsi, Subhūti ; il en est ainsi. Ce fils ou cette fille de bonne famille, par cette cause, produirait un grand puṇyaskandha, incommensurable et incalculable. Pourquoi cela ? Subhūti, ‘puṇyaskandha, puṇyaskandha’ a été enseigné par le Tathāgata comme non-skandha. C’est pourquoi cela est appelé puṇyaskandha. Si, Subhūti, il existait véritablement un puṇyaskandha, le Tathāgata n’aurait pas dit : ‘puṇyaskandha, puṇyaskandha.’ »

20

« Que penses-tu, Subhūti ? Le Tathāgata doit-il être vu par l’accomplissement complet du rūpakāya ? »

Subhūti dit : « Non, Bhagavān. Le Tathāgata ne doit pas être vu par l’accomplissement complet du rūpakāya. Pourquoi cela ? Bhagavān, ‘l’accomplissement complet du rūpakāya’ a été enseigné par le Tathāgata comme non-accomplissement. C’est pourquoi cela est appelé accomplissement complet du rūpakāya. »

Le Bhagavān dit : « Que penses-tu, Subhūti ? Le Tathāgata doit-il être vu par la perfection des marques ? »

Subhūti dit : « Non, Bhagavān. Le Tathāgata ne doit pas être vu par la perfection des marques. Pourquoi cela ? Bhagavān, la perfection des marques enseignée par le Tathāgata a été enseignée par le Tathāgata comme non-perfection des marques. C’est pourquoi cela est appelé perfection des marques. »

21

Le Bhagavān dit :

« Que penses-tu, Subhūti ? Le Tathāgata pense-t-il : ‘Le Dharma a été enseigné par moi’ ? »

Subhūti dit : « Non, Bhagavān. Le Tathāgata ne pense pas : ‘Le Dharma a été enseigné par moi.’ »

Le Bhagavān dit : « Subhūti, si quelqu’un disait : ‘Le Dharma a été enseigné par le Tathāgata’, celui-là parlerait faussement. Cette personne me calomnierait, Subhūti, en saisissant ce qui n’est pas réel. Pourquoi cela ? Subhūti, ‘enseignement du Dharma, enseignement du Dharma’ — il n’existe aucun dharma quel qu’il soit qui puisse être appréhendé comme quelque chose appelé enseignement du Dharma. »

Lorsque cela eut été dit, le vénérable Subhūti dit au Bhagavān :

« Bhagavān, y aura-t-il des êtres dans le futur, au dernier temps, à la dernière période, dans les cinq cents dernières années, lorsque le vrai Dharma disparaîtra, qui, ayant entendu des dharmas tels que ceux-ci, auront foi ? »

Le Bhagavān dit : « Subhūti, ils ne sont ni des êtres ni des non-êtres. Pourquoi cela ? Subhūti, les êtres appelés êtres ont tous été enseignés par le Tathāgata comme non-êtres. C’est pourquoi ils sont appelés êtres. »

22

« Que penses-tu, Subhūti ? Existe-t-il un dharma par lequel le Tathāgata s’est éveillé à Anuttarā Samyaksaṃbodhi ? »

Le vénérable Subhūti dit : « Non, Bhagavān. Il n’existe aucun dharma par lequel le Tathāgata s’est éveillé à Anuttarā Samyaksaṃbodhi. »

Le Bhagavān dit : « Il en est ainsi, Subhūti ; il en est ainsi. Il n’y a là même pas un atome de dharma qui existe ou soit appréhendé. C’est pourquoi cela est appelé Anuttarā Samyaksaṃbodhi. »

23

« De plus, Subhūti, ce dharma est égal ; il n’y a en lui aucune inégalité. C’est pourquoi cela est appelé Anuttarā Samyaksaṃbodhi. Étant sans ātman, sans sattva, sans jīva et sans pudgala, cette Anuttarā Samyaksaṃbodhi est égale et elle est éveillée au moyen de tous les dharmas salutaires.

« Pourquoi cela ? Subhūti, les dharmas salutaires appelés dharmas salutaires ont été enseignés par le Tathāgata comme adharmas. C’est pourquoi ils sont appelés dharmas salutaires. »

24

« De plus, Subhūti, si une femme ou un homme rassemblait des monceaux des sept joyaux aussi grands que tous les Sumerus, rois des montagnes, dans le trisāhasramahāsāhasra-lokadhātu, et les offrait en don aux Tathāgatas, Arhats, Samyaksaṃbuddhas, et si un fils ou une fille de bonne famille, prenant de ce dharmaparyāya de Prajñāpāramitā ne serait-ce qu’une gāthā de quatre vers, l’enseignait aux autres, Subhūti, ce puṇyaskandha antérieur n’approcherait pas même la centième partie de ce puṇyaskandha ; il ne supporterait aucune comparaison, même par l’analogie la plus subtile. »

25

« Que penses-tu, Subhūti ? Le Tathāgata pense-t-il : ‘Des êtres ont été libérés par moi’ ? Subhūti, cela ne doit pas être vu ainsi.

« Pourquoi cela ? Subhūti, il n’existe aucun être qui ait été libéré par le Tathāgata. Si, Subhūti, il y avait un être qui ait été libéré par le Tathāgata, cela même serait saisie d’ātman par le Tathāgata, saisie de sattva, saisie de jīva et saisie de pudgala.

« Subhūti, ‘saisie d’ātman’ a été enseignée par le Tathāgata comme non-saisie. Pourtant elle est saisie par les gens ordinaires enfantins. Subhūti, les ‘gens ordinaires enfantins’ ont été enseignés par le Tathāgata comme non-personnes. C’est pourquoi ils sont appelés gens ordinaires enfantins. »

26

« Que penses-tu, Subhūti ? Le Tathāgata doit-il être vu par la perfection des marques ? »

Subhūti dit : « Non, Bhagavān. Selon la manière dont je comprends le sens de l’enseignement du Bhagavān, le Tathāgata ne doit pas être vu par la perfection des marques. »

Le Bhagavān dit : « Bien, bien, Subhūti. Il en est ainsi, Subhūti ; il en est ainsi, comme tu le dis. Le Tathāgata ne doit pas être vu par la perfection des marques. Pourquoi cela ? Si, Subhūti, le Tathāgata devait être vu par la perfection des marques, alors un cakravartin-rāja aussi serait un Tathāgata. C’est pourquoi le Tathāgata ne doit pas être vu par la perfection des marques. »

Le vénérable Subhūti dit au Bhagavān : « Selon la manière dont je comprends le sens de l’enseignement du Bhagavān, le Tathāgata ne doit pas être vu par la perfection des marques. »

Alors, à ce moment, le Bhagavān prononça ces gāthās :

Ceux qui m’ont vu par la forme,

ceux qui m’ont suivi par le son,

se sont engagés sur une voie erronée ;

ces personnes ne me verront pas.

Le Buddha doit être vu à partir du Dharma ;

car les Nāyakas sont Dharmakāya.

Pourtant la dharmatā ne peut être connue ;

elle ne peut être comprise comme un objet.

27

« Que penses-tu, Subhūti ? Le Tathāgata s’est-il éveillé à Anuttarā Samyaksaṃbodhi par la perfection des marques ? Subhūti, tu ne dois pas voir cela ainsi. Pourquoi cela ? Le Tathāgata ne s’est pas éveillé à Anuttarā Samyaksaṃbodhi par la perfection des marques.

« Et, Subhūti, nul ne doit dire que ceux qui se sont engagés dans le Bodhisattvayāna proclament la destruction ou l’anéantissement d’un quelconque dharma. Subhūti, tu ne dois pas voir cela ainsi. Pourquoi cela ? Ceux qui se sont engagés dans le Bodhisattvayāna ne proclament la destruction ni l’anéantissement d’aucun dharma. »

28

« De plus, Subhūti, si un fils ou une fille de bonne famille remplissait des systèmes de mondes aussi nombreux que les grains de sable du fleuve Gaṅgā des sept joyaux et les offrait en don aux Tathāgatas, Arhats, Samyaksaṃbuddhas, et si un Bodhisattva obtenait kṣānti à l’égard des dharmas sans ātman et non nés, celui-ci, par cette cause, produirait un puṇyaskandha beaucoup plus grand, incommensurable et incalculable.

« De plus, Subhūti, un Bodhisattva Mahāsattva ne doit pas s’approprier un puṇyaskandha. »

Le vénérable Subhūti dit : « Bhagavān, un Bodhisattva ne doit-il donc pas s’approprier un puṇyaskandha ? »

Le Bhagavān dit : « Subhūti, il doit être accepté, mais non saisi. C’est pourquoi il est dit devoir être accepté. »

29

« De plus, Subhūti, si quelqu’un disait : ‘Le Tathāgata va, vient, se tient debout, s’assoit ou se couche’, cette personne, Subhūti, ne comprend pas le sens de ce que j’ai enseigné.

« Pourquoi cela ? Subhūti, ‘Tathāgata’ est celui qui n’est allé nulle part et qui n’est venu de nulle part. C’est pourquoi il est appelé Tathāgata, Arhat, Samyaksaṃbuddha. »

30

« De plus, Subhūti, si un fils ou une fille de bonne famille réduisait en poudre semblable à de l’encre autant de systèmes de mondes qu’il y a de particules de terre dans le trisāhasramahāsāhasra-lokadhātu, comme un amas de paramāṇus, que penses-tu, Subhūti ? Cet amas de paramāṇus serait-il grand ? »

Subhūti dit : « Il en est ainsi, Bhagavān ; il en est ainsi, Sugata. Cet amas de paramāṇus serait grand. Pourquoi cela ? Bhagavān, s’il existait véritablement un grand amas de paramāṇus, le Bhagavān n’aurait pas dit ‘amas de paramāṇus’. Pourquoi cela ? Bhagavān, ce que le Tathāgata a enseigné comme amas de paramāṇus a été enseigné par le Tathāgata comme non-amas. C’est pourquoi cela est appelé amas de paramāṇus.

« Et ce que le Tathāgata a enseigné comme trisāhasramahāsāhasra-lokadhātu a été enseigné par le Tathāgata comme non-système. C’est pourquoi cela est appelé trisāhasramahāsāhasra-lokadhātu. Pourquoi cela ? Bhagavān, s’il existait véritablement un système de monde, cela même serait saisie d’une masse. Et ce que le Tathāgata a enseigné comme saisie d’une masse a été enseigné par le Tathāgata comme non-saisie. C’est pourquoi cela est appelé saisie d’une masse. »

Le Bhagavān dit : « Subhūti, la saisie d’une masse est inexprimable et au-delà de la désignation conventionnelle. Elle n’est ni dharma ni adharma, et pourtant elle est saisie par les gens ordinaires enfantins. »

31

« Pourquoi cela ? Subhūti, si quelqu’un disait : ‘La vue d’ātman a été enseignée par le Tathāgata ; la vue de sattva, la vue de jīva et la vue de pudgala ont été enseignées par le Tathāgata’, cette personne parlerait-elle correctement ? »

Subhūti dit : « Non, Bhagavān ; non, Sugata. Cette personne ne parlerait pas correctement. Pourquoi cela ? Bhagavān, la vue d’ātman que le Tathāgata a enseignée a été enseignée par le Tathāgata comme non-vue. C’est pourquoi elle est appelée vue d’ātman. »

Le Bhagavān dit : « Ainsi, Subhūti, celui qui s’est engagé dans le Bodhisattvayāna doit connaître, voir et avoir confiance en tous les dharmas. Ils doivent être connus, vus et reçus avec confiance de telle sorte que l’on ne demeure pas même dans la perception de dharma, ni dans la perception d’adharma. Pourquoi cela ? Subhūti, ‘perception de dharma, perception de dharma’ a été enseignée par le Tathāgata comme non-perception. C’est pourquoi cela est appelé perception de dharma. »

32

« De plus, Subhūti, si un Bodhisattva Mahāsattva remplissait d’innombrables et incalculables systèmes de mondes des sept joyaux et les offrait en don aux Tathāgatas, Arhats, Samyaksaṃbuddhas, et si un fils ou une fille de bonne famille, prenant de ce dharmaparyāya de Prajñāpāramitā ne serait-ce qu’une gāthā de quatre vers, la gardait, l’enseignait, la récitait, l’apprenait entièrement et l’éclairait pleinement aux autres, celui-ci, par cette cause, produirait un puṇyaskandha beaucoup plus grand, incommensurable et incalculable.

« Et comment doit-elle être éclairée ? Ainsi, dans l’espace :

Comme des étoiles, comme l’obscurité, comme une lampe,

comme une illusion, la rosée et une bulle,

comme un rêve, l’éclair et un nuage —

ainsi doit être vu le saṃskṛta.

« Ainsi doit-elle être éclairée. C’est pourquoi cela est appelé éclairer. »

Ainsi parla le Bhagavān, l’esprit joyeux. L’ancien Subhūti, les bhikṣus, les bhikṣuṇīs, les upāsakas, les upāsikās, les Bodhisattvas, et le monde avec ses devas, humains, asuras et gandharvas, se réjouirent de ce que le Bhagavān avait dit.

Ārya Vajracchedikā Bhagavatī Prajñāpāramitā est achevée.

QUANG DANG TRAN 21 juin 2026
Partager cet article
Étiquettes
Archive
WHITE LOTUS PUṆḌARĪKA GREAT COMPASSION PURITY SUTRA